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Paris

UNE ETOILE QUI A DE L'AVENIR

Portrait du Danseur Etoile Mathieu Ganio


  • "Don Quichotte" Foto © Icare
  • "La Sylphide" Foto © Icare
  • "Dornröschen" Foto © Icare

Certains danseurs se font remarquer tôt: c’est le cas de Mathieu Ganio, 21 ans, Etoile de l’Opéra National de Paris. Lorsqu’il danse le rôle de Frantz dans Coppélia à l’Ecole de Danse de l’Opéra National de Paris à l’âge de 16 ans, nombreux sont ceux qui lui présagent une carrière brillante. Trois ans plus tard seulement (en 2004), à l’issue d’une représentation de Don Quichotte (chorégraphie de Rudolf Noureev) où il remplace un danseur blessé, Mathieu Ganio est nommé Danseur Etoile. C’est rare d’être nommé à 20 ans, et c’est très rare, dans la hiérarchie sévère de l’Opéra de Paris, d’accéder au titre d’Etoile lorsqu’on fait encore partie du Corps de ballet, sans passer par le rang de Premier Danseur. Une nomination très inattendue donc, mais nullement risquée, car Mathieu Ganio a déjà tout ce qu’il faut pour devenir un des plus grands danseurs de sa génération: un physique modèle de danseur classique, une ligne parfaite, une danse fine, ample et légère, une présence scénique naturelle, et surtout une grande sensibilité artistique qui lui permet de trouver une interprétation juste de chaque personnage qu’il incarne. “Une chose que j’aime dans mon métier, c’est qu’on peut se permettre d’être plein de personnages que dans la vie, on n’oserait ou on ne pourrait pas être. Sur la scène, on peut vivre, et on peut changer.“ Né en 1984 à Marseille, Mathieu Ganio commence la danse à l’âge de sept ans. Fils de deux Etoiles (de Dominique Khalfouni, ancienne Etoile du Ballet de l’Opéra National de Paris et de l’Opéra National de Marseille, et Denys Ganio, ancien Danseur Etoile du Ballet de l’Opéra National de Marseille), il est, dès sa jeunesse, fasciné par le métier de ses parents, et il imite souvent leurs pas pendant des répétitions et des spectacles. A trois ans, on le retrouve déjà sur scène dans les bras de sa mère, dans Ma Pavlova de Roland Petit. Malgré quelques réserves de sa mère qui le met en garde contre les difficultés du métier de danseur, Mathieu Ganio prend la décision de tenter sa chance. Après un an dans une école privée, il passe l’audition de l’Ecole du Ballet National de Marseille, tout juste créée par Roland Petit. Sept ans plus tard, il tente et réussit le concours d’entrée de l’Ecole de Danse de l’Opéra National de Paris: “Je voulais travailler dans une compagnie classique, mais pas uniquement classique. Je suis allé à Paris parce que c’est la meilleure compagnie en France. Je savais que c’était mieux de passer par l’école, pour avoir la base.“ Ce changement d’école projette Mathieu Ganio dans un autre monde. “A Marseille, il y avait ma famille, et quand je sortais de l’école, je voyais la mer et le soleil. De plus, à Marseille, l’optique était différente. Les gens dansaient parce qu’ils aimaient faire de la danse, et pas forcément pour être dans la compagnie de Marseille et pour danser toute leur vie. C’était beaucoup plus décontracté. A l’Opéra, par contre, on y était vraiment pour rentrer dans la compagnie.“ Pendant ses deux ans à l’Ecole de Danse, il se fait remarquer lors des spectacles annuels: il danse un rôle de soliste dans Yondering de John Neumeier en 2000, Pierre Lacotte lui confie le rôle de Frantz dans Coppélia en 2001. A part ces ballets dont il garde un bon souvenir, Mathieu Ganio se rappelle aussi le stress de ses tous premiers moments sur la scène du Palais Garnier, dans le ballet Péchés de Jeunesse de Jean-Guillaume Bart: "Dans ce ballet, je faisais l’entrée. On n’avait pas répété à Garnier. J’étais donc sur scène, le rideau s’est levé, et quand j’ai vu la grande salle, d’un seul coup, je me sentais tout petit sur la scène!" Le choc lui passe vite, et une fois arrivé dans le corps de ballet (en 2001), Mathieu Ganio brûle les étapes: il devient Coryphée en 2002 et Sujet en 2003. Au début, il ne danse pas de rôles de soliste, jusqu’à ce qu’il soit choisi pour interpréter une seule fois le rôle de Kourbski dans Ivan le Terrible de Youri Grigorovitch. Ce rôle prestigieux, marqué par des Etoiles de premier ordre comme Michaël Denard, semble très éloigné de sa propre personnalité: on craint que le jeune danseur plutôt timide manque d’expérience scénique pour incarner ce prince guerrier qui, déchiré par la jalousie, tue la maîtresse du tsar. "Pour moi, ce ballet était très important. J’ai senti que c’était un peu ma chance. Kourbski est un personnage qui m’a tout de suite intéressé et que j’avais vraiment envie d’explorer. Au début, c’était un peu dur, mais finalement, j’ai regardé un peu les autres distributions, et j’avais un peu de temps pour travailler tout seul et pour réfléchir." La soirée est un franc succès: Mathieu Ganio parvient à s’approprier complètement le caractère et à faire partager ses émotions au public. Il affirme préférer les rôles où on ne l’"attend" pas: "Quand on t’attend dans un rôle, soit c’est bien et on le trouve normal, ou alors on t’attend tellement que tu déçois le public. Et puis, il y a les rôles où on n’est pas du tout sûr ce que cela va donner, et finalement, c’est très bien. Et pour moi, c’est ça qui est intéressant. C’est des facettes de ma personnalité que je ne pense pas avoir et que finalement, en travaillant, j’arrive à faire ressortir, ce qui m’apprend beaucoup de choses." Après ce premier grand rôle, le jeune danseur ne danse aucun nouveau rôle de soliste jusqu’à son Basilio dans Don Quichotte, succès qui lui vaudra le titre d’Etoile. Ensuite, il danse La Sylphide, Etudes et La Belle au Bois Dormant. Un répertoire essentiellement classique donc, ce qui ne signifie nullement ennuyeux pour le jeune danseur dont les rôles préférés sont, pour l’instant, La Sylphide et La Belle au Bois Dormant. Ce sont aussi ces deux rôles pour lesquels il a été tout spécialement invité au Japon: "Quand j’ai fait La Sylphide, c’était la première fois que je partais tout seul pour danser un ballet en entier avec toute une compagnie. C’était assez impressionnant parce qu’en plus, le Tokyo Ballet n’est pas une petite compagnie, et c’est important d’être présent au Japon. Les Japonais sont un bon public, ils connaissent bien la danse. De plus, ils sont très professionnels: quand on arrive, tout est prêt, on a vraiment à s’occuper que de la performance, c’est très agréable. Donc, c’était une bonne expérience." Malgré le plaisir qu’il prend à danser dans des ballets classiques, Mathieu Ganio souligne aussi les difficultés d’interpréter des personnages marqués par de grands danseurs: "C’est vrai que La Belle au Bois Dormant, par exemple, est vraiment un ballet qu’on a vu et revu, donc c’est un peu difficile parce que pour ces ballets, les gens ont souvent des images dans la tête. Je prends l’exemple tout récent de Roméo et Juliette quand les gens se rappellent Monique Loudières ou Elisabeth Maurin, c’est dur de passer derrière. Et c’est pareil pour tous les rôles classiques, il y a toujours des gens qui les ont marqués." Pour trouver sa propre interprétation, il faut, selon lui, s’approprier le rôle, se sentir investi. Il est donc indispensable de faire attention aux moindres nuances de la chorégraphie: "Si, quand on étudie un rôle, on fait les pas bêtement en se disant: voilà, c’est le rôle, ce n’est pas très intéressant. Ce qui est intéressant, c’est de développer, de travailler un rôle avec des gens qui te donnent beaucoup de petits astuces et qui te disent: tu fais ça, pour telle raison, plutôt que: tu fais ça, parce que ça s’appelle comme ça, et c’est comme ça depuis dix ans, donc tu feras ça. Ce qui est intéressant, c’est de trouver une raison." Vu l’importance que Mathieu Ganio attribue à l’interprétation, il n’est guère étonnant qu’il se sente particulièrement attiré par les rôles à histoire comme Roméo ou Des Grieux dans Manon, rôles "où on peut raconter, faire passer des sentiments". La possibilité de vivre des vies différentes sur scène est, pour lui, un des nombreux atouts de son métier. Cependant, cet enfant de la danse n’était pas toujours sûr de devenir danseur, car d’autres possibilités le tentent: des études d’éthologie ou de biologie, par exemple. Il n’empêche qu’il est très content d’être danseur: "Le grand avantage de mon métier, c’est qu’on gagne sa vie avec quelque chose qu’on aime vraiment, une passion. J’adore aussi pouvoir voyager. Un autre avantage dans une compagnie comme l’Opéra, c’est qu’on peut travailler avec beaucoup de chorégraphes différents. Moi, je n’ai pas encore vraiment eu l’occasion, mais j’espère que ça va m’arriver. Il y a donc une richesse du répertoire qui est très intéressante. Et puis, il y a le plaisir de la scène. Quand je suis devenu soliste, je me suis rendu compte qu’il y a des gens qui viennent et qui disent: on a passé une bonne soirée grâce à vous, on a été ému. C’est une belle récompense de savoir que ta danse fait plaisir aux gens, qu’ils ont été touchés par ce qu’on a fait; c’est un très beau sentiment." Puisque le jeune danseur a une longue carrière devant lui (21 ans jusqu’à l’âge officiel de la retraite qui est fixé à 42,5 ans), il aura certainement l’occasion d’explorer le répertoire de l’Opéra et de travailler avec de nombreux chorégraphes: "J’aimerais bien travailler avec Neumeier, j’adore ses ballets. Et puis, j’aime beaucoup Kylián. Ce sont donc les deux chorégraphes avec qui je voudrais vraiment pouvoir travailler. Et après il y a un grand nombre d’autres chorégraphes que j’aime, j’apprécie beaucoup ce que fait Nacho Duato, et puis Roland Petit. Et parmi les chorégraphes qui sont morts, il y a Balanchine, Mac Millan, Ashton… " Actuellement, Mathieu Ganio se lance dans l’aventure de la danse contemporaine: Nicolas Le Riche, Danseur Etoile de l’Opéra, est en train de créer le rôle de Caligula dans son ballet éponyme pour lui. Son rêve de danser dans une création se réalisera donc, et il abordera à nouveau un rôle que l’on n’attend pas de lui. En même temps, il dansera dans Emeraudes de George Balanchine (premier ballet de la trilogie Joyaux du chorégraphe américain).
Arrivé très tôt au sommet, Mathieu Ganio ne se repose évidemment pas sur ses lauriers. Il est perfectionniste et il veut se montrer à la hauteur de son titre. Pour lui, sa nomination est une chance qui lui permettra de danser les rôles qui l’intéressent et de s’épanouir. Lorsqu’on lui demande ce qu’il veut encore faire, il répond: "Tout ! C’est juste un début finalement. Maintenant, je peux commencer à faire vraiment ce que je rêve de faire depuis tout petit. Donc, travailler avec des chorégraphes, danser, danser et encore danser!"

Veröffentlicht am 24.10.2006, von Julia Bührle in English Reviews

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